Deux jours avec le directeur technique de Kawai France

Chez Desevedavy Pianos, nous avons la chance de recevoir régulièrement de très beaux instruments. Mais parfois, ce sont aussi de très belles personnes que nous accueillons.

Pendant deux jours, le showroom a eu l’honneur de recevoir Louis-Marie Boussuge, directeur technique de Kawai France, récemment diplômé MPA – Master Piano Artisan.

Un titre prestigieux, bien sûr.
Mais au-delà du diplôme, c’est surtout un regard, une méthode, une écoute et une exigence que Louis-Marie est venu partager avec nous.

Sa mission : préparer deux instruments récemment arrivés au showroom, un GX3 et un SK2, afin de les porter au plus haut niveau de leur potentiel musical.


1/ Préparer un piano neuf : un travail essentiel

On pourrait croire qu’un piano neuf, fraîchement sorti de caisse, est immédiatement prêt à être joué.

En réalité, même un instrument haut de gamme demande encore un vrai travail de préparation une fois arrivé en magasin.

Chez Kawai, les pianos sont bien sûr déjà préparés à l’usine au Japon, parfois à plusieurs reprises, avec des contrôles très rigoureux.
Mais entre la sortie d’usine, le transport, le voyage, le climat, les manipulations et l’installation finale, de nombreux paramètres peuvent évoluer.

C’est là qu’intervient le travail du technicien.

L’objectif n’est pas seulement de vérifier que tout fonctionne.
Il s’agit de remettre le piano dans les meilleures conditions mécaniques et sonores possibles, afin que le futur pianiste puisse découvrir l’instrument dans toute sa richesse.


2/ Un piano vivant, unique, jamais figé

Ce qui frappe quand on écoute Louis-Marie parler de son métier, c’est à quel point le piano est envisagé comme une matière vivante.

Un piano bouge.
Le bois travaille.
Les cordes réagissent.
Les réglages évoluent.
Le climat, la pièce, le transport, le temps : tout agit sur l’instrument.

C’est aussi ce qui fait sa beauté.

Le piano parfaitement figé n’existe pas.
Et c’est précisément cette part d’imperfection, de mouvement, d’adaptation permanente, qui rend chaque instrument unique.

Le rôle du technicien est donc d’entrer en dialogue avec cette matière vivante.
Observer, écouter, ressentir, corriger, réécouter.


3/ Le réglage de l’attrapé : la clé de la répétition

Parmi les nombreuses étapes de la préparation d’un piano à queue, certaines sont particulièrement déterminantes pour le pianiste.

C’est le cas du réglage de l’attrapé.

Ce réglage agit directement sur la capacité du piano à répéter rapidement une note, notamment en fond de touche.
Autrement dit, il joue un rôle essentiel dans la fluidité mécanique et la qualité du contrôle du clavier.

Sur le GX3, Louis-Marie a démonté la mécanique, sorti l’ensemble, tracé ses repères à la craie, puis repris une à une les 88 notes pour aligner précisément les attrapes.

Un travail long, minutieux, entièrement réalisé à l’œil, à la main, avec une rigueur extrême.

Ce type d’intervention ne rend pas le pianiste “plus rapide” à lui seul, mais il permet au piano de répondre beaucoup plus efficacement à ses intentions.


4/ L’harmonisation : faire parler le piano

L’autre grande étape de ces deux journées a été l’harmonisation.

C’est sans doute l’une des dimensions les plus fascinantes du travail du technicien.

Harmoniser un piano, ce n’est pas simplement “adoucir” ou “durcir” un son.
C’est travailler le feutre des marteaux pour modifier la manière dont l’énergie se transmet à la corde.

En piquant certaines zones du marteau, plus ou moins profondément, le technicien agit sur :

  • la couleur du timbre

  • la longueur du son

  • la richesse harmonique

  • la progressivité entre pianissimo et fortissimo

  • le nombre de “paliers” de nuances à disposition du pianiste

Louis-Marie l’explique très bien : un marteau bien préparé permet au pianiste d’obtenir davantage de gradations dans le son, davantage de souplesse, davantage de possibilités expressives.

Ce travail se fait par zones, par familles de notes, par écoutes successives.
On teste une note, on écoute, on compare, on ajuste, on recommence.

C’est un aller-retour permanent entre le geste et l’oreille.


5/ Une science du détail… et du ressenti

Ce qui impressionne le plus quand on observe un technicien comme Louis-Marie au travail, c’est la combinaison très rare de qualités que ce métier exige.

Il faut :

  • l’oreille, bien sûr

  • l’œil, pour voir les écarts les plus infimes

  • la main, pour intervenir avec précision

  • la patience

  • l’expérience

  • et surtout un immense sens du ressenti

Car une grande partie de ce travail repose sur ce que l’on sent dans l’outil, dans le marteau, dans la mécanique, dans la réaction du piano.

Rien n’est totalement automatisable.
Chaque instrument demande ses propres décisions.

Et c’est sans doute là que réside la beauté du métier : dans cette alliance entre science, artisanat et sensibilité.


6/ Le GX3 après préparation : plus de longueur, plus de nuance, plus de vie

Après deux jours de travail, le moment le plus attendu arrive enfin : celui où le pianiste pose les doigts sur l’instrument préparé.

Sur ce Kawai GX3, le résultat est immédiatement perceptible.

Le piano gagne :

  • en précision de toucher

  • en dynamique

  • en longueur de son

  • en homogénéité

  • en richesse de nuance

Le timbre reste fidèle à l’esthétique Kawai :
un son chaleureux, rond, jamais métallique, capable d’aller vers le fortissimo sans dureté.

Mais tout semble désormais plus libre, plus respirant, plus ouvert.

Le piano ne se contente plus de répondre : il chante davantage.


7/ Un certificat d’optimisation technique

À l’issue de cette préparation, un certificat d’optimisation technique Kawai France a été remis pour l’instrument.

Ce document atteste que le piano a bénéficié d’une préparation de haut niveau réalisée par un technicien Kawai MPA, conformément aux standards de la marque.

Y figurent notamment :

  • le modèle

  • le numéro de série

  • les interventions réalisées

  • le nom du technicien

  • la date de préparation

Ce certificat accompagnera le piano jusqu’à son futur propriétaire.

Une manière concrète de garantir que l’instrument a été préparé avec le plus grand soin, jusque dans ses moindres détails.


Une rencontre marquante pour toute l’équipe

Au-delà de la préparation du GX3 et du SK2, ces deux journées ont été précieuses pour toute l’équipe Desevedavy.

Elles nous rappellent que derrière chaque grand piano, il y a non seulement un facteur, une manufacture, un pianiste… mais aussi des techniciens d’exception, dont le travail invisible rend possible une véritable rencontre musicale.

Recevoir Louis-Marie Boussuge, observer sa méthode, écouter son regard sur le piano, et partager ce moment avec lui, restera comme une belle page dans l’histoire du showroom.

Et pour le futur pianiste qui choisira ce GX3, il y aura désormais aussi cela dans l’instrument :
deux jours de soin, d’écoute, d’exigence… et beaucoup d’humanité.