Il suffit parfois d’un message pour renouer une conversation interrompue depuis plusieurs années. Alors que la librairie musicale Arpèges vient de rejoindre Desevedavy Pianos, Armel Dupas reçoit des nouvelles de Sébastien Bertho, un ancien complice de la scène jazz nantaise. Celui-ci vient de publier son premier livre : L’histoire du jazz n’est faite que de ça, aux éditions Lenka Lente.
Un auteur, une librairie, une passion commune : l’occasion était toute trouvée de se retrouver pour parler musique ! De cette rencontre naît un échange sur les musiciens que l’on connaît trop peu, les souvenirs qui méritent d’être conservés et cette manière si particulière qu’a le jazz de se transmettre.
Avant d’écrire, Sébastien Bertho a longtemps contribué à faire vivre le jazz à Nantes. Avec son association La 52ème, dont le nom rend hommage à la célèbre rue new-yorkaise, il a organisé environ 150 concerts en huit ans. Une bonne partie de ces soirées se déroulait au Melocoton, entre concerts, rencontres et jam-sessions.
Armel se souvient d’y avoir joué à plusieurs reprises. Tous deux évoquent une atmosphère où les musiciens pouvaient se rencontrer, partager un répertoire et faire découvrir leurs coups de cœur. L’association défendait aussi des artistes moins célèbres, dont les disques et les compositions méritaient de circuler davantage.
Cette curiosité se retrouve aujourd’hui dans le travail d’écriture de Sébastien. Son livre s’attache aux parcours de quelques musiciens pour éclairer, à travers eux, une histoire beaucoup plus vaste.
Au cœur de l’ouvrage se trouve le batteur Mourad Benhammou, avec lequel Sébastien a mené une série d’entretiens. Trois autres batteurs y occupent une place essentielle : Walter Perkins, Louis Hayes et Grassella Oliphant. Leurs noms sont parfois moins familiers au grand public que ceux des solistes qu’ils ont accompagnés. Leur contribution mérite pourtant toute notre attention. lenkalente.com
Dans la vidéo, Sébastien raconte comment Mourad est parti aux États-Unis rencontrer des musiciens dont il souhaitait recueillir les souvenirs. Derrière les enregistrements apparaissent alors des vies, des conditions de travail, des rencontres et des manières de jouer que les seules discographies ne peuvent raconter.
Pour parler de cette mémoire vivante, Sébastien reprend une image chère à Mourad : celle du griot. Écouter les anciens, retenir leurs histoires et les transmettre à son tour devient une façon de préserver quelque chose de fragile. Une expérience de musicien se partage aussi dans une conversation après un concert, dans un conseil donné en répétition ou dans le souvenir d’une soirée passée sur scène.
Le titre du livre prend ici tout son sens. L’histoire du jazz n’est faite que de ça renvoie à cette circulation permanente des influences. Les musiciens écoutent leurs aînés, s’imprègnent de leur langage, puis cherchent à en faire quelque chose de personnel.
Comment trouver sa voix au milieu de toutes celles que l’on admire ? La question traverse l’échange entre Armel et Sébastien. Apprendre un solo, comprendre un phrasé ou explorer un répertoire peut nourrir le jeu. Reste ensuite à laisser une place à sa propre sensibilité, à son son, à sa manière de faire respirer la musique.
La conversation revient ainsi régulièrement au swing. Sébastien reconnaît la richesse du jazz actuel, la diversité de ses courants et les nombreuses rencontres avec d’autres univers musicaux. Il exprime aussi son attachement à une pulsation physique, à ce mouvement que l’on ressent parfois avant même de pouvoir l’expliquer.
Une grande maîtrise instrumentale impressionne. Une façon de placer une note peut, elle, nous toucher immédiatement. En évoquant notamment Thelonious Monk, les deux interlocuteurs s’intéressent à cette personnalité musicale qui rend un jeu reconnaissable. Le son, les silences, les accents et les petites aspérités participent pleinement à l’émotion.
Cette attention aux voix singulières trouve un bel écho chez Lenka Lente, la maison d’édition qui accompagne le livre. Fondée à Paris en 2004 par Guillaume Belhomme, elle publie d’abord des disques, puis se tourne vers les livres et les livres-disques à partir de 2013. Son catalogue associe littérature et musique, avec des monographies, des témoignages et des textes parfois difficiles à trouver. On y croise notamment John Coltrane, Eric Dolphy, Jackie McLean ou encore Thelonious Monk. lenkalente.com
C’est en rejoignant Nantes en 2013 que Guillaume Belhomme donne cette nouvelle orientation à Lenka Lente. Dans un entretien au Matricule des Anges, il raconte son envie de publier ses propres textes, mais aussi de remettre en circulation des œuvres devenues peu accessibles, parfois accompagnées de créations sonores. Musicien et écrivain lui-même, il construit ainsi un catalogue où lire et écouter se répondent. Le Matricule des Anges
Pour Sébastien Bertho, cette rencontre éditoriale a beaucoup compté. Dans la vidéo, il raconte avec humour avoir présenté son idée comme un projet susceptible d’intéresser une toute petite poignée de lecteurs. Guillaume Belhomme l’a encouragé et accompagné dans la rédaction. Sébastien souligne aussi le soin apporté à l’objet : une manière de donner toute leur place aux histoires qu’il souhaitait partager.
Et le livre donne envie de prolonger la découverte. Sébastien a consacré une place importante à un index accompagné de références discographiques. Un nom attire l’attention, un album devient un point de départ, puis une écoute en appelle une autre. Parmi les retours qui lui font le plus plaisir figurent justement ceux des lecteurs partis explorer des disques après leur lecture.
Cette envie de faire découvrir rejoint celle qui anime la librairie musicale Arpèges chez Desevedavy Pianos. On vient y chercher une partition, un conseil ou un livre ; on peut aussi y trouver une nouvelle piste d’écoute et l’occasion d’échanger autour de la musique.
Publié en avril 2026, L’histoire du jazz n’est faite que de ça — Entretiens avec Mourad Benhammou compte 150 pages et est proposé au prix de 15 €. lenkalente.com Le livre est à retrouver à la librairie musicale Arpèges, chez Desevedavy Pianos.
Retrouvez également la conversation complète entre Armel Dupas et Sébastien Bertho dans notre vidéo. Un grand merci à Sébastien pour sa présence et pour toutes ces invitations à tendre l’oreille vers des musiciens que l’on n’avait peut-être pas encore pris le temps d’écouter.
Et vous, quel artiste ou quel disque aimeriez-vous faire découvrir à d’autres passionnés de jazz ?