Pleyel Marigny 1982 : les secrets d’un toucher parfaitement réglé

Pleyel Marigny 1982 : les secrets d’un toucher parfaitement réglé

Un piano qui répond avec précision, des nuances faciles à dessiner, un clavier que l’on n’a plus envie de quitter… Derrière ces sensations se cache un travail que l’on voit rarement : celui des techniciens de l’atelier.

Pour cette nouvelle rencontre chez Desevedavy Pianos à Nantes, Armel Dupas, artiste en résidence, retrouve Paco autour d’un Pleyel Marigny d’occasion de 1982. L’instrument est ouvert pour dévoiler sa mécanique et comprendre comment sa préparation lui a rendu un toucher régulier et agréable. Avant, bien sûr, de laisser parler la musique !

Un Pleyel Marigny de 1982, signé Schimmel

Ce piano droit de 112 cm, habillé d’un meuble en acajou verni, appartient à la famille des Pleyel fabriqués par Schimmel. Dans la vidéo, Armel rappelle cette période des années 1970 et 1980 durant laquelle la manufacture allemande produisait sous licence des instruments portant les noms de Pleyel, Érard et Gaveau.

Mais au-delà du nom et de l’année, c’est bien l’état de cet exemplaire et le travail réalisé sur sa mécanique qui intéressent les deux pianistes. Car choisir un piano d’occasion, c’est aussi découvrir comment il a été préparé.

Des touches bien guidées : la première étape du confort

Paco commence par un détail presque invisible : les garnitures des mortaises du clavier. Ces ouvertures, situées sous les touches, accueillent les pointes qui les guident dans leur mouvement. Elles sont garnies de Casimir, un tissu de laine que l’on distingue en rouge dans la vidéo.

Lorsque ces garnitures sont usées ou mal ajustées, la touche peut présenter un jeu excessif. Sous les doigts, cela se traduit par une impression de flottement, parfois accompagnée de petits claquements.

Sur ce Marigny, Paco a remplacé l’ensemble de ces garnitures. L’épaisseur du Casimir est choisie en fonction des mortaises et des pointes : assez ajustée pour guider chaque touche, mais sans freiner son mouvement.

Un travail patient et minutieux, dont le résultat se mesure moins à l’œil qu’au plaisir de poser les mains sur le clavier.

Le « gras » du clavier : un drôle de mot pour un réglage très fin

Après le clavier viennent les pré-réglages et les ajustements de la mécanique. Hauteur des touches, enfoncement, alignement des pièces : chaque intervention contribue à obtenir une réponse cohérente d’une note à l’autre.

Paco présente alors un terme qui surprend souvent les pianistes : le « gras ». Il désigne la petite course restante de la touche après l’échappement. On ne parle donc pas de lubrification, mais d’un élément du réglage !

Dans l’échange, Paco souligne surtout l’importance de sa régularité. Une réponse différente selon les notes peut compliquer le contrôle des passages délicats et des pianissimos.

Trois paramètres interviennent dans cet équilibre :

  • la chasse, c’est-à-dire la distance de repos entre les marteaux et les cordes ;
  • l’enfoncement des touches ;
  • l’échappement, qui libère le marteau avant sa rencontre avec la corde.

Le but n’est pas de supprimer toute sensation en fin de course, mais de trouver un dosage adapté à la mécanique et au jeu. Armel et Paco en sourient : comme en cuisine, il faut un peu de gras… juste ce qu’il faut !

Paco confronte aussi ses impressions à celles d’Armel et de ses collègues. Un réglage se mesure, mais il s’éprouve également au clavier.

Étouffoirs et pédales : le toucher ne se limite pas aux touches

Paco a consacré une attention particulière aux étouffoirs, qui arrêtent la vibration des cordes lorsque les notes sont relâchées, sauf lorsque la pédale forte les maintient levés.

Le moment de leur levée et la résistance de leurs ressorts participent au poids ressenti sous les doigts. Dans la démonstration, Paco explique qu’un départ trop précoce peut alourdir le début de la course de la touche. À l’inverse, des ressorts trop détendus risquent de compromettre l’arrêt du son.

Il faut donc concilier confort et efficacité. Le travail porte à la fois sur le départ individuel des étouffoirs et sur leur levée collective avec la pédale forte. La commande de la pédale douce, qui rapproche les marteaux des cordes sur ce piano droit, a également été réglée.

Romain, les marteaux et la couleur du son

La préparation de ce Pleyel est aussi un travail d’équipe. Romain s’est chargé du ponçage et de l’harmonisation des marteaux.

Au fil du jeu, les cordes laissent des empreintes dans leur feutre. Le ponçage vise à retrouver une forme et une surface de contact adaptées. L’harmonisation permet ensuite d’affiner le timbre et son équilibre, notamment par un travail précis du feutre à l’aide d’aiguilles.

Paco évoque enfin la portée des marteaux : dans les zones où une note possède trois cordes, le marteau doit les rencontrer simultanément. Cette qualité de contact contribue à la netteté de l’attaque.

Ces interventions se complètent : la mécanique donne au pianiste les moyens de contrôler le son, tandis que le travail des marteaux en affine la couleur.

Entre 25 et 30 heures de préparation, puis place à la musique

Paco estime à 25 à 30 heures le temps consacré à cette préparation. Derrière ce chiffre se trouvent le remplacement des garnitures, les réglages, le travail des marteaux et les vérifications au clavier.

Vient alors le moment d’écouter le résultat. Paco s’installe au piano, avant qu’Armel ne le rejoigne dans cet essai où l’univers de Bill Evans tient une belle place.

Leurs impressions se rejoignent : ce Marigny offre un timbre rond et feutré, des aigus plus clairs et des basses généreuses pour ses 112 cm. Le toucher leur paraît léger, sans manquer de consistance, avec une belle progression des nuances.

Armel précise que le piano est joué ouvert, ce qui accentue la projection sonore. Les passages musicaux permettent néanmoins de découvrir le caractère de cet exemplaire et la manière dont il réagit aux intentions des deux pianistes.

Découvrir un piano d’occasion chez Desevedavy Pianos à Nantes

Cette rencontre autour du Pleyel Marigny rappelle combien la préparation compte dans le choix d’un piano d’occasion. Derrière un toucher agréable se trouvent des gestes précis, des essais et de nombreux ajustements.

Pour connaître la disponibilité de ce Marigny de 1982 et organiser un essai, contactez l’équipe de Desevedavy Pianos à Nantes. Ce sera aussi l’occasion de comparer les instruments et de découvrir celui qui correspond à votre sensibilité.

Et vous, lorsque vous essayez un piano, êtes-vous d’abord sensible au son ou au toucher ?