C. Sauter 158 de 1970 : un petit piano à queue au caractère unique

Il faut commencer par un aveu : prononcer correctement le nom des grandes marques de pianos allemands n’est pas toujours une mince affaire.

Bechstein, Steinway… et maintenant Sauter. Malgré quelques années d’allemand au collège, Armel Dupas se fait régulièrement reprendre — gentiment, mais avec une certaine constance — dans les commentaires de ses vidéos. Faut-il dire « Sauter » à la française, « Zaoter », ou encore autrement ? Nous laisserons les germanophones trancher.

Une chose est certaine, en revanche : ce C. Sauter 158 fabriqué en 1970 possède une personnalité qui, elle, ne prête guère à discussion.

Derrière ses dimensions contenues se cache un piano riche, expressif et immédiatement reconnaissable. Un instrument qui ne cherche pas à séduire par une puissance spectaculaire, mais par la couleur de son timbre, le chant de son registre médium et la relation très particulière qu’il établit avec le pianiste.

Un piano allemand qui cultive sa différence

Les pianos allemands sont souvent associés à une certaine idée de la rigueur : qualité de fabrication, précision de la mécanique, choix des matériaux et recherche d’un équilibre sonore durable.

Mais cela ne signifie pas qu’ils se ressemblent tous.

Sauter a justement construit son identité autour d’une production volontairement maîtrisée et d’une vision très personnelle du piano. L’entreprise trouve ses origines en 1819, lorsque Johann Grimm, jeune ébéniste formé à Vienne auprès de Johann Andreas Streicher et de Nannette Stein, commence à fabriquer des pianos à Spaichingen, dans le sud de l’Allemagne. Son neveu Carl Sauter développe ensuite l’atelier familial à partir de 1846 et lui donne le nom que nous connaissons aujourd’hui.

Plus de deux siècles après ses débuts, Sauter se présente comme la plus ancienne manufacture de pianos encore en activité. La maison a toujours conservé un goût prononcé pour l’innovation, aussi bien dans la conception de ses instruments que dans leur esthétique.

Cette attention portée au design est particulièrement visible sur les modèles contemporains créés avec Peter Maly depuis les années 1990. Le C. Sauter 158 de 1970 présenté aujourd’hui appartient évidemment à une autre époque, mais il révèle déjà cette volonté de ne pas fabriquer un piano tout à fait comme les autres.

Un pupitre impossible à confondre

Avant même de poser les mains sur le clavier, un détail attire immédiatement le regard : le pupitre.

Sa découpe graphique, très différente des formes traditionnellement rencontrées sur les pianos à queue, est soulignée par un tissu rouge qui contraste avec le noir brillant du meuble. Ce choix esthétique peut sembler secondaire, mais il raconte déjà quelque chose de l’instrument.

Là où beaucoup de pianos privilégient une forme devenue presque universelle, Sauter ose une véritable signature visuelle. Le pupitre n’est plus seulement une pièce fonctionnelle destinée à recevoir une partition : il participe pleinement à l’identité du piano.

Près de soixante ans après sa fabrication, ce dessin reste singulier. Il donne au C. Sauter 158 une présence élégante, légèrement décalée, qui ne cherche pas à imiter les modèles les plus connus.

Le reste de l’instrument a bénéficié d’un important travail dans les ateliers de Desevedavy Pianos. Sa laque a été entièrement refaite, tandis que son plan de cordes et ses marteaux ont été renouvelés. Comme tous les pianos d’occasion proposés dans le showroom, il a ensuite été réglé, accordé et harmonisé par les techniciens de notre atelier, labellisé Entreprise du Patrimoine Vivant.

Le résultat est un piano de 1970 qui conserve son identité tout en retrouvant les qualités indispensables à une pratique exigeante.

158 centimètres, mais une vraie voix

Avec ses 158 centimètres de longueur, ce Sauter appartient à la famille des petits quarts-de-queue, parfois appelés « baby grands ».

Ce format répond à une attente très concrète : profiter du fonctionnement et de la présence d’un piano à queue lorsque l’espace disponible ne permet pas d’accueillir un instrument de 180 ou 200 centimètres.

La question se pose alors immédiatement : que reste-t-il de la richesse sonore d’un piano à queue dans un meuble aussi compact ?

Pour commencer l’essai, Armel utilise son traditionnel accord de mi bémol majeur, joué avec la pédale forte. Ce simple accord permet d’écouter la manière dont les registres se mêlent, dont le piano résonne et dont le timbre évolue après l’attaque.

La première impression résume assez bien la philosophie de l’instrument : le son est plein et riche, davantage tourné vers la couleur que vers la puissance brute.

Ce C. Sauter 158 ne cherche pas à donner l’illusion d’un grand piano de concert. Il assume ses dimensions, mais utilise chaque centimètre disponible pour produire une voix cohérente et personnelle.

Un registre médium particulièrement vocal

C’est dans le médium et le registre ténor que le piano dévoile probablement sa qualité la plus attachante.

Sur certains petits pianos à queue, cette zone du clavier peut prendre une couleur légèrement nasale ou sembler manquer d’ouverture. Rien de tel ici. Le son conserve de la chair et une forme de souplesse qui évoque immédiatement la voix humaine.

Le passage entre les différentes sections du cadre se fait également avec beaucoup de discrétion. On peut en repérer l’emplacement lorsque l’on connaît bien la construction d’un piano, mais la transition s’entend à peine dans le jeu. C’est le signe d’un travail d’harmonisation particulièrement soigné.

Cette continuité donne envie de laisser respirer les phrases, de jouer des mélodies lentes et d’explorer les résonances. Le piano invite assez naturellement à une approche lyrique, douce, presque caressée.

Il possède cette qualité précieuse qui consiste à suggérer une direction musicale dès les premières notes. On ne se contente pas de jouer sur lui : on commence à dialoguer avec sa sonorité.

Un toucher ferme qui demande de s’engager

La personnalité du C. Sauter 158 ne se trouve pas uniquement dans son timbre. Elle passe aussi par son toucher.

Le clavier est bien lesté, avec une résistance assez présente sous les doigts. Il ne s’agit pas d’un toucher lourd ou maladroit, mais d’une mécanique qui demande au pianiste de s’engager réellement dans le clavier.

On ne pose pas simplement les doigts en attendant que tout se produise immédiatement. Il faut prendre quelques instants pour comprendre la réponse de l’instrument, trouver le bon angle et ajuster son geste.

Cette petite phase d’adaptation est loin d’être un défaut. Elle permet au contraire de découvrir une mécanique précise, capable d’accompagner aussi bien les nuances délicates que les traits plus rapides. Une fois le contact établi, le piano répond avec beaucoup de franchise.

Pour Armel, cet équilibre est particulièrement intéressant. Un toucher trop léger peut pousser à jouer plus durement qu’on ne le souhaiterait ; un clavier excessivement lourd finit par freiner le geste. Ici, la résistance est suffisamment présente pour donner du contrôle, sans empêcher la vélocité.

Le piano invite d’abord à la douceur, mais il accepte volontiers d’être bousculé. On peut quitter le répertoire lyrique, accentuer les attaques, jouer davantage avec le rythme et l’emmener vers le jazz. Il faut simplement respecter sa manière de répondre.

Des aigus doux, loin de toute brillance agressive

Dans le registre aigu, le Sauter conserve la même cohérence.

Les notes chantent sans devenir clinquantes. La sonorité reste douce, claire et suffisamment définie pour porter une mélodie, mais elle ne cherche jamais à produire une brillance artificielle.

Les basses, de leur côté, demeurent naturellement celles d’un piano de 158 centimètres. Elles ne peuvent offrir l’ampleur physique d’un instrument beaucoup plus long, mais elles sont propres, lisibles et bien intégrées au reste du clavier.

C’est peut-être là que se trouve la plus grande réussite de ce piano : aucun registre ne semble vouloir prendre le dessus sur les autres. Les basses soutiennent, le médium chante et les aigus prolongent la phrase avec douceur.

L’ensemble forme une voix homogène, mais jamais anonyme.

Un piano pour celles et ceux qui recherchent autre chose

Ce C. Sauter 158 ne s’adresse pas forcément à la personne qui souhaite retrouver les sensations d’un piano standardisé ou la plus grande puissance possible dans un petit format.

Il conviendra davantage à un pianiste sensible à la personnalité d’un instrument : quelqu’un qui aime apprivoiser un toucher, écouter les différences de couleur entre les registres et adapter son jeu à ce que le piano lui propose.

Son format compact lui permet de trouver sa place dans un salon, une pièce de musique ou un petit studio sans renoncer à la présence visuelle d’un piano à queue. Son esthétique singulière le distingue immédiatement, tandis que sa palette sonore peut accompagner un répertoire très large : musique classique, pièces romantiques, jazz, improvisation ou compositions contemporaines.

Il pourra notamment séduire les pianistes qui recherchent :

  • un petit piano à queue de fabrication allemande ;
  • un médium riche et particulièrement vocal ;
  • des aigus doux et chantants ;
  • un toucher ferme, précis et expressif ;
  • une sonorité privilégiant la couleur plutôt que la puissance ;
  • un instrument doté d’une véritable identité.

Il existe des pianos qui tentent de se faire oublier pour répondre de la manière la plus neutre possible à toutes les sollicitations. Et puis il y a ceux qui assument leur caractère, avec lesquels une relation se crée progressivement.

Ce C. Sauter 158 appartient clairement à la seconde catégorie.

Découvrir le C. Sauter 158 chez Desevedavy Pianos

Ce piano a été déniché par Greg, responsable des instruments acoustiques chez Desevedavy Pianos, puis soigneusement préparé dans notre atelier.

Le décrire permet d’en comprendre les grandes qualités, mais un piano aussi personnel demande surtout à être joué. Il faut sentir la résistance du clavier, écouter le chant du médium et découvrir la manière dont l’instrument réagit à son propre toucher.

Le C. Sauter 158 noir brillant de 1970 est actuellement visible et disponible à l’essai chez Desevedavy Pianos, Rond-Point du Croisy à Orvault.

Vous recherchez un petit piano à queue qui ne ressemble pas à tous les autres ? Venez le découvrir au showroom et prendre le temps de faire connaissance avec cette petite pépite allemande.